Halte au lobby sioniste

Alima Boumediene-Thiery : "Le lobby sioniste n’a pas à faire sa loi en France"

Publié le 6-10-2010

Dans une interview au quotidien algérien La Nouvelle République, la sénatrice livre sa réaction face aux manoeuvres d’intimidation en cours.

Interview de M. Hadj Hamiani

- Que penser de ce procès ?

C’est un procès politique, évidemment, et à mon avis avec des relents racistes…Au préalable, il faut savoir que la garde des sceaux, ministre de la justice, avait déclaré en séance publique de l’AN qu’elle ne poursuivrait pas… car chaque citoyen, d’autant plus parlementaire avait une liberté d’expression, Or il en est rien… Elle a explicitement demandé au parquet de poursuivre avec un chef d’inculpation de « provocation à la discrimination en raison de l’appartenance à une nation ». Il est clair qu’un lobby a fait son travail, et personne n’ose jamais le nommer… Et bien je refuse de céder à cette peur, le lobby sioniste n’a pas à faire sa loi en France.

De plus, je ne suis pas la seule parlementaire à m’être engagée dans ce combat pour le respect du droit international et exiger la fin de l’impunité dont bénéficie Israël de la part des grands depuis plus de 60 ans. Nous sommes nombreux à soutenir qu’Israël se doit de respecter les résolutions de l’ONU et les accords d’association qu’il a signés avec l’Union européenne. Or, je suis l’unique parlementaire française qui a l’honneur d’une plainte et d’une poursuite au Tribunal…

Mon nom « Boumediene » y est peut être pour quelque chose ! Mais je suis fidèle à une tradition anti-colonialiste et suffisamment forte de mes convictions pour continuer le combat. Et puis je veux que la Justice Française se prononce clairement, comme l’ont fait la Belgique, la Grande-Bretagne, …

D’une part, quid du Droit International, quand les Institutions internationales sont incapables de se faire respecter et que les citoyens prennent le relais pour combler leur déficit ? D’autre part, cette justice doit nous reconnaître le droit à la liberté d’expression en général, et le droit de critiquer la politique israélienne sans être qualifié antisémite, en particulier.

Je ne supporte plus ce chantage à l’antisémitisme ! Evidemment que l’histoire a été horrible et inacceptable pour les juifs en Europe, et que la France en porte une grande responsabilité… Mais l’antisémitisme est une affaire trop sérieuse pour être utilisée à tord et à travers… et l’Histoire ne peut pas justifier les horreurs d’aujourd’hui !! On ne répare pas une injustice en créant une nouvelle injustice, en plus, envers un peuple qui n’a aucune responsabilité historique ! Et puis l’antisémitisme et l’antisionisme, c’est différent, ne faisons pas d’amalgame ! Faire croire à l’opinion publique, que c’est la même chose, est très dangereux et peut avoir des effets pervers…

Aujourd’hui, le sionisme est une politique de colonisations, d’occupations des terres et d’expulsions, et c’est au nom du sionisme qu’Israël commet des crimes comme à Gaza, à Naplouse, à Jenine… C’est inacceptable, comme tous les crimes contre l’humanité, qu’ils soient en Afrique, en Asie, au Moyen Orient… ou hier en Europe ! Pour ces raisons, je me reconnais comme anti-sioniste !

-  Que pensez-vous de ce grand soutien émanant de parlementaires ou de simples citoyens, Algériens, Français, Belges voire des Israéliens ?

Tout d’abord permettez moi de les remercier, en mon nom et au nom de tous les militants pour la Justice et la solidarité avec le peuple palestinien, en particulier ces citoyens israéliens qui ont le courage de dire non à cette colonisation et qui ont compris que la paix ne peut pas se faire sans la justice. C’est aussi la preuve que ce problème n’est pas un problème entre « juifs et arabes » comme certains veulent le faire croire, mais bien un problème international qui doit interpeller tous les citoyens épris de justice, de paix et de liberté.

Cette dynamique est une opportunité pour aller plus loin et concrétiser nos grands discours. Des parlementaires arabes, africains, européens, etc… m’ont envoyé leur soutien, aussi, je m’adresse à eux pour leur dire : « continuons et allons plus loin… en tant que parlementaires, nous revient le droit de ratifier ou refuser des accords bilatéraux !… en tant que responsables et élus exigeons le gel de tous ces accords tant que le gel et le retrait des colonies ne sont pas effectifs !… Ayons le courage de dire que les droits humains ne doivent pas être sacrifiés pour des intérêts économiques et commerciaux ! … Exigeons que nos partis politiques soient cohérents et refusent toutes relations politiques avec les politiques israéliens qui ne feraient pas une priorité de cet objectif !

Je suis convaincue que ces actions non-violentes, néanmoins conséquentes auront de l’impact. Si tous les parlementaires, quelles que soient leurs couleurs et leurs choix politiques, mais qui ont à cœur ce problème, faisaient pression sur leur gouvernement, pour qu’un gel des relations diplomatiques et économiques soit décrété jusqu’à la fin de la colonisation par Israël et la reconnaissance d’un Etat Palestinien viable et indépendant, nous aurions fait un grand pas vers la paix !

-  Allez-vous continuer à boycotter les produits israéliens (BDS) ?

Evidemment, que nous allons continuer la campagne… la question ne se pose même pas… Nous ne sommes pas dans l’illégalité, mais dans la recherche de Justice. L’histoire nous a prouvé que la guerre contre l’Apartheid en Afrique du Sud a pris des années, mais que le boycott a été décisif ! Donc non seulement nous devons le poursuivre et l’amplifier au niveau commercial, mais aussi promouvoir le boycott dans tous les domaines… cela a commencé au niveau sportif, culturel,… alors, continuons au niveau universitaire, politique, touristique, … dans tous les domaines. Sans cesse, nous devons mettre à l’index la politique coloniale d’Israël et mettre les responsables au pied du mur, en exigeant la fin et le retrait des colonies, et l’application des résolutions internationales, de manière non-violente mais déterminée.

-  Qu’attendez-vous de ce procès ?

Qu’il rende à la Justice la place qu’elle mérite ! Indépendante du pouvoir politique, et donc juger en son âme et conscience, en quoi nous avons enfreint la loi ? Elle doit refuser de criminaliser la solidarité, comme le demande la Chancellerie qui cède aux officines du CRIF, en nous poursuivant pour avoir osé critiquer Israël. Le droit de critiquer la politique menée par un Etat, quel qu’il soit, n’est pas un crime : cela relève de la liberté d’expression, et ce procès doit le dire avec force et vigueur ! Qu’il prouve que l’impunité d’Israël doit cesser et que les citoyens sont en droit de le revendiquer !

-  Exiger le respect du Droit International, de ses résolutions et de ses conventions, n’est pas illégal, me semble-t-il ?

Alors la Justice française doit le dire… comme l’ont dit hier la Justice belge, britannique… la Justice n’est pas à géométrie variable, selon les forces en présence dans le pays, elle est universelle non ? Je voudrais terminer par une phrase : « la force sans le droit c’est la barbarie, mais le droit seul est faible, c’est la force du droit qui doit s’imposer … et l’opinion publique internationale constitue la force nécessaire pour que le droit devienne efficace ».

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