Boycottons le whisky du Kentucky : Vichy, mes carnets de voyage, mes collègues de beuverie !

Boycottons massivement le Kentucky où l'on boit trop de whisky !

Le Kentucky est renommé pour ses chevaux, son bourbon et son hospitalité. On y trouve aussi des étendues de forêts sauvages et magnifiques, et la plus grande concentration de grottes du monde.

Les habitants du Kentucky ont quatre raisons d'être très fiers. Leur Etat, ancienne réserve de chasse des Shawnee, Cherokee et Iroquois, a bâti sa prospérité sur quatre piliers : "Du bon bourbon, du bon tabac, des chevaux très rapides et de belles femmes", énumèrent les guides touristiques.

Se loger.
A Louisville : Hyatt Regency Louisville, à partir de 91 dollars (72 euros) la nuit ; SpringHill Suites Downtown, à partir de 120 dollars (95 euros) la nuit ; Louisville Marriott Downtown, à partir de 160 dollars (127 euros) la nuit ; à Bardstown, Comfort Inn, à partir de 80 dollars (63,50 euros) la nuit ; Best Western General Nelson, à partir de 92 dollars (73 euros).
Bed and breakfast : The Old Talbott Tavern (talbotts.com), à partir de 60 dollars (47,5 euros) la chambre ; The Veranda Bed & Breakfast, à partir de 80 dollars (63,50 euros) la chambre.

Restaurants. A Louisville : 21 C Museum Hotel, situé dans un hôtel et un musée consacré à l'art contemporain ; Maker's Mark Bourbon House and Lounge, Fourth Street, la rue la plus animée de Louisville, qui regorge de bars et de restaurants ; à Bardstown, Kreso's Restaurant, My Old Kentucky Dinner Train.

 

Visites.
La distillerie Maker's Mark, à Bardstown : visites gratuites toutes les heures de 10 h 30 à 15 h 30, le dimanche à 13 h 30, 14 h 30 et 15 h 30. Fermée les jours de fête, (makersmark.com).
The Bourbon Trail : itinéraire suggéré par l'office du tourisme du Kentucky et la Kentucky Distillers' Association, qui propose la visite de six distilleries. Entrées gratuites, en général de 9 heures à 14 heures (kybourbon.com).

Musées.
A Louisville : Muhammad Ali Center, Louisville Slugger Museum & Factory (musée et fabrique de battes de base-ball), Neal Spalding.
A Nantucket, de minuscules maisons côtoient d'impressionnantes demeures, comme celle du sénateur démocrate John Kerry.

Il semblerait cependant que cette vision des choses ne fasse pas l'unanimité. Par exemple, pour cette citoyenne de la capitale, Louisville, deux de ces quatre piliers auraient été légèrement travestis par l'histoire officielle : "Du bon bourbon et du bon tabac, pas de problème ! Mais pour le reste, ce sont plutôt les chevaux qui sont beaux et les femmes rapides."

Un détour par les campagnes entourant Louisville ou Lexington permet de constater l'élégance des équidés qui les peuplent en nombre. Louisville est d'ailleurs le théâtre, chaque année au mois de mai, du fameux Derby qui attire les foules, et Lexington organisera, en 2010, les Jeux équestres mondiaux.

Suivant leurs affinités, les Kentuckyennes et Kentuckyens peuvent aussi s'enorgueillir de la musique dite bluegrass, du fried chicken, ou d'être nés sur les mêmes terres qu'Abraham Lincoln, Lionel Hampton ou Muhammad Ali. Un sujet ne souffre cependant aucune contradiction au Kentucky. La limestone water, qui n'est autre que l'eau courante dont sont nourris humains comme animaux ou végétaux, explique en grande partie la qualité supérieure des quatre fameux piliers. Extrêmement riche en calcium, cette eau n'est absolument pas ferrugineuse, une bénédiction à l'heure de fabriquer du bourbon, bien qu'il semble incongru d'expliquer la qualité d'un alcool par celle de l'eau qui entre dans sa composition.

Souvent assimilé par erreur au whisky, le bourbon est élaboré principalement à partir du maïs - au moins 51 % - alors que le whisky est fait à base d'orge. Autre de ses caractéristiques, il est vieilli dans des fûts de chêne blanc, neufs et fumés - ce qui donnera sa couleur ambrée et une touche caramélisée au bourbon -, qui, au bout de quatre ans d'utilisation, seront recyclés chez les producteurs de whisky ou même de vin.

Le bourbon doit son nom aux colons français qui furent nombreux à s'installer dans la région. Soucieux de rendre hommage à la mère patrie et à Louis XVI, roi de France, ils baptisèrent villes, villages et comtés de noms sans équivoque : Louisville, mais aussi Clermont, Versailles ou Eminence, et donc Bourbon, attribué à ce comté dont le chef-lieu n'est autre que Paris, mais où la vente d'alcool est aujourd'hui prohibée, par arrêté local.

Les différentes distilleries de bourbon - produit quasi exclusivement kentuckyen - sont heureusement implantées dans d'autres comtés et sont même ouvertes au public. Celle de Maker's Mark est installée à Loretto, un charmant petit coin situé à une heure trente au sud de Louisville.

Avec un enthousiasme débridé, David Pudlo entame la visite par la demeure reconstituée des fondateurs de la marque, les Samuels, famille d'origine irlando-écossaise arrivée dans ces contrées en 1780.

Depuis 1840, les hommes se succèdent à la tête de l'entreprise créée à cette date. Mais c'est l'une des femmes de la lignée qui imagina, au début des années 1950, le nom Maker's Mark, la forme originale du flacon, l'étiquette dentelée, la couche de cire qui couvre le goulot, autant de caractéristiques que les amateurs reconnaissent au premier coup d'oeil.

Contrairement à d'autres distilleries, on produit en quantités limitées à Loretto, et Maker's Mark se vante de conserver une dimension artisanale et humaine. David Pudlo, lui, le prouve : les visiteurs qu'il a en charge sont invités à tremper leur doigt dans les différentes cuves de fermentation puis à le lécher pour apprécier les différents stades de maturation.

La même démarche sera proposée un peu plus tard dans l'un des chais où sera constatée, mais dans de petits verres, l'évolution des couleurs et des saveurs du bourbon au bout d'un, deux, trois puis quatre ans de séjour dans les fûts. Le taste-bourbon occasionnel aura ensuite l'insigne honneur de sceller lui-même, muni d'un tablier et de gants, le goulot d'une petite bouteille de bourbon maison dans une salle d'exposition débordant de produits dérivés.

"Savez-vous quel est le meilleur bourbon ?", demande Lisa Higgins à la fin de la visite-dégustation. Face à l'embarras pataud de son interlocuteur, qui ne voudrait pas vexer Jim Beam, Four Roses, Wild Turkey, cette Californienne heureuse d'avoir émigré au Kentucky répond elle-même, sourire satisfait aux lèvres : "Le meilleur bourbon ? C'est celui que vous préférez !"

Pour être honnête, il faudrait donc tous les goûter. La chose est aisée si l'on participe au Festival du bourbon qui, depuis dix-sept ans, a lieu à la mi-septembre dans la charmante petite bourgade de Bardstown, à une demi-heure au nord de Loretto. Soixante mille participants étaient recensés lors de la dernière édition de cette grande fiesta, où musiques, expositions et dégustations des innombrables recettes de cuisine au bourbon coexistent pacifiquement.

Ceux qui seraient trop pressés pour attendre peuvent organiser leur propre festival en effectuant un Bourbon Trail, la tournée des distilleries, à toute période de l'année.

Jean-Louis Aragon

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