L’association de défense des prisonniers Addameer, s’insurge contre le système israélien de non-droit qu’est la"détention administrative", a

Qui parle des 11 000 otages détenus par Israël ?

 

Publié le 30-07-2009

L’association de défense des prisonniers Addameer, s’insurge contre le système israélien de non-droit qu’est la"détention administrative", arbitraire le plus total que nos gouvernements "démocratiques" cautionnent par leur silence. Ci-dessous également une lettre très émouvante d’un Palestinien israélien enfermé depuis plus de 20 ans.

Communiqué de l’association Addameer :

Stop à la détention administrative : le cas de Basim Ahmad Moussa Za’rir

Appartenant au Conseil Législatif Palestinien (PLC) Basim Za’rir a été arrêté le Ier janvier 2009, quand les forces israéliennes d’occupation sont arrivées chez lui juste après 2h du matin. Après avoir battu le fils aîné de Basim, fouillé la maison consigné et interrogé tous les hommes de plus de 16 ans vivant près de la maison, ils ont arrêté Mr. Za’rir . Il a été emmené au centre de détention d’Etzion où il est resté une semaine avant d’être transféré à Ofer.. Ensuite il a été place en détention administrative et gardé en détention pendant deux mois environs avant d’être de nouveau transféré à la prison de Ketziot dans le Negev où il est toujours.

L’ordre de détention administrative contre M. Za’rir était de six mois à partir de son arrestation le Ier janvier 2009. Son avocat a interjeté appel au nom de M. Za’rir, contestant cet ordre moins d’un mois après qu’un examen de la Haute Cour ait eu lieu, cet appel a été refusé.

Le 2 juillet, au lieu d’être relâché Mr. Za’rir a été informé que l’ordre de détention administrative le concernant serait prolongé de six mois supplémentaires.. Le juge de l’examen (de la Haute Cour) dans le second ordre de rétention a confirmé la période supplémentaire de six mois fixant l’expiration de l’ordre actuel à la date du Ier janvier 2010.

Avant son actuelle détention administrative, Mr Za’rir avait été arrêté quatre fois et n’avait jamais été condamné une seule fois. En 1993, il avait été arrêté et détenu pendant un mois d’interrogatoire avant d’être relâché sans charge. Quatre ans plus tard en 1997, de nouveau deux mois d’interrogatoire n’ont rien prouvé et en conséquence il avait été relâché sans charge pour la seconde fois. En 2005 Mr. Za’rir a été élu au Conseil Législatif (palestinien) et a été arrêté six mois plus tard, accusé d’appartenir au « Change et Reform Bloc » (Bloc du changement et de la réforme).

Après avoir passé deux ans en prison dans l’attente d’un procès pour ces charges, Mr. Za’rir était jugé devant la Tribunal Militaire, était acquitté de toutes les charges et finalement relâché le 23 juin 2008. Six mois plus tard, il était arrêté une fois de plus et mis en détention administrative sans charge ni procès.

Le cas de Mr. Za’rir est l’exemple achevé de l’utilisation arbitraire qu’Israël fait de la détention administrative, comme substitut aux poursuites judiciaires quand il n’y a pas de preuves ou qu’elles sont insuffisantes.

S’il vous plait allez sur http://addameer.info/ ?p=1257 pour lire le profil de Basim Za’rir et voir comment vous pouvez aider.

N’hésitez pas à contacter Addameer ( info@addameer.ps )si vous avez des questions sur ce cas ou sur la Campagne Stop à la détention administration.

(Traduit par Carole SANDREL pour CAPJPO-EuroPalestine)


Nous reproduisons par ailleurs cette lettre de W.D., arabe-israélien, prisonnier depuis plus de 20 ans, qui fait partie des prisonniers arrêtés avant les accords d’Oslo, qui n’ont pas été libérés et dont on n’a apparemment oublié jusqu’à existence. Merci à ceux qui pourraient nous transmettre ses coordonnées pour que nous puissions au moins lui écrire, de nous faire signe.

Aujourd’hui, cela fait 20 ans que je suis en prison, et c’est également le 20ème anniversaire de l’un des jeunes hommes ici. Aujourd’hui, avec l’entrée dans ma vingtième année en détention et l’anniversaire de mon ami, je me souviens de Lina : quel âge a-t-elle aujourd’hui ? J’ai entendu dire qu’elle était déjà mère de deux enfants. Et Najla, la mère de trois enfants, quel âge a-t-elle ? Et Hanin, la mère du bébé ? Et quel âge ont mes neveux et nièces, ceux qui étaient des bébés, le jour de mon arrestation, et ceux qui sont nés quelques années plus tard ? Quel âge ont mes petits frères, qui sont déjà mariés et qui sont devenus parents ?

Dans le passé, je ne me posais pas ces questions. Le temps n’avait pas de sens pour moi. Ce n’était pas important pour moi, de savoir combien de temps avait passé, dans le sens large du terme. J’étais intéressé seulement par les minutes qui s’écoulaient rapidement au cours de la brève visite de ma famille. Le temps ne suffisait pas pour poser toutes les questions que j’avais écrites sur la paume de ma main et tous les efforts que je demandais a Sana (ma femme) pour se rappeler de tout, Ici, nous ne sommes pas autorisés à utiliser un papier et un crayon, pendant les visites. La mémoire est notre seul moyen.

J’ai oublié de voir les rides qui se sont gravées dans le visage de ma mère il y a des années. J’ai oublié de regarder ses cheveux qu’elle a commencé à teindre au henné afin de cacher ses mèches blanches. Je ne vais pas demander son âge réel. Et quel est son âge ? Je ne sais pas quel âge a ma mère. Elle a deux âges : le nombre de ses années et l’âge de mon emprisonnement. Ce sont deux temps parallèles.

Je vais vous parler du temps parallèle. Nous n’utilisons pas vos unités de temps ordinaires, comme les minutes ou les heures, sauf pendant les moments où notre temps, correspond au vôtre quand on se rencontre derrière la vitre pendant les visites. Ensuite, nous sommes obligés de faire attention à ces mêmes unités de temps. Après tout, c’est le seul aspect de votre temps qui n’a pas changé, et nous savons encore l’utiliser.

L’un des jeunes participants à la 2ème Intifada, qui a été emprisonné, nous a dit que beaucoup de choses avaient changé à l’extérieur. Il nous a dit que les téléphones n’avaient plus de cadrans, et qu’ils fonctionnaient avec des cartes et non plus avec des jetons ou des pièces.

Nous, les prisonniers vivons dans un temps parallèle : nous voyons mais ne sommes pas vus. Nous entendons et nous ne sommes pas entendus. Comme si un mur isolant de verre opaque était d’un côté, de votre côté, qui nous séparaient les uns des autres. Comme dans les voitures de ministres. Nous sommes emprisonnés depuis longtemps dans cette vie parallèle, nous sommes en prison avant la guerre froide et l’effondrement de l’Union soviétique et du bloc communiste. Nous sommes ici avant la chute du mur de Berlin, avant la première guerre du Golfe, et le deuxième. Avant les accords de Madrid et d’Oslo et avant le déclenchement de la première et deuxième Intifada.

Notre vie dans ce temps en parallèle a l’âge de la révolution, avant la naissance de certaines de ses factions. Nous sommes ici bien avant l’apparition des stations arabes par satellite et la propagation de la culture du hamburger dans nos villes. Nous vivons dans cette époque parallèle avant l’invention des téléphones portables, les medias modernes et l’Internet. Nous faisons partie de l’histoire et l’histoire est une situation et la racine d’un passé qui n’est plus. Mais nous sommes les racines d’un passé qui continue et n’a pas pris fin. On vous parle dans le temps présent, afin de ne pas nous transposer dans votre avenir.

A cause de notre temps, les habituels concepts d’espace et de temps vont disparaître de notre langage. Par exemple, nous ne demandons pas quand et où nous allons nous rencontrer. Nous nous sommes rencontrés et nous allons continuer à nous réunir au même endroit. Nous marchons et venons ici avec souplesse, sur l’axe du passé et du présent. Pour nous, chaque instant après le présent est un avenir inconnu qui ne représente aucune relativité. À l’instar des pays arabes, nous n’avons aucun contrôle sur notre avenir, mais avec une différence essentielle : notre occupation est étrangère, leur geôlier est arabe. Ici, nous avons été arrêtés parce que nous avons cherché l’avenir, et il a été enterré pendant qu’il était encore vivant.

Dans notre temps parallèle la plupart d’entre nous ne répondent même plus à la question posée aux enfants : Que voulez-vous faire quand vous serez grand ? Même si j’ai déjà 44 ans, je ne sais toujours pas ce que je vais faire quand je serai grand.

Nous sommes le temps qui lutte avec l’espace, avec une contradiction interne. Nous sommes devenus des unités de temps. Nous sommes définis comme des points sur l’axe du temps. Nos repaires sont l’arrestation de quelqu’un, la libération d’un autre ces événements sont les points de référence de notre temps parallèle. Nous savons comment déterminer l’heure, le jour et la date en fonction de vos unités de temps, mais ce sont des unités qui ne sont pas en usage. Ici, quelque chose se passe quand un nouveau arrive ou est transféré ou bien libéré. Lorsque nous parlons de l’avenir, nous n’avons aucun moyen de déterminer une nouvelle fonction sur l’axe du temps.

Dans notre temps parallèle, nous avons appris à développer des relations étranges avec des objets et des choses que seule une personne qui a été emprisonnée peut comprendre. Sinon, comment est-il possible de comprendre les liens affectifs entre un détenu et un maillot de corps, juste parce que c’est la dernière chose qu’il portait au moment de l’arrestation ? Comment peut-on expliquer la profondeur de nos liens avec des objets dont la perte peut nous rendre triste, à pleurer ? Un briquet ou un certain paquet de cigarettes a une importance émotionnelle. Ils sont la preuve que pendant un temps nous étions en dehors de ce temps parallèle, nous appartenions à votre temps. Ils sont le dernier fil qui nous empêche de nous noyer dans cette vie hors temps.

En 1996, pour la première fois en 10 ans, j’ai entendu le klaxon d’une Subaru, et j’ai pleuré. Pour nous, le bruit à un usage autre que d’avertir les piétons. Dans notre vie de prisonnier le bruit peut susciter de profondes émotions.

Notre relation avec l’espace est peut être plus étrange que notre relation avec les objets. Ici on peut développer une relation avec une tache causée par une fuite d’eau ou d’humidité sur le mur d’isolement cellulaire. On peut établir une relation avec un trou dans le mur ou une fissure dans la porte. Qui peut comprendre ce dialogue affectif, nos sentiments, notre détachement et nos descriptions, comme si nous parlions du paradis, plutôt que de parler de l’isolement cellulaire et les trous dans ses murs.

En vérité je n’avais pas l’intention d’écrire un tel jour pour parler du temps et de l’espace et, je ne voulais parler ni de politique ni de philosophie. J’avais un profond désir d’écrire sur ce qui nous dérange je voulais parler de ce de ce que j’aime et ce que je déteste. Mais l’écriture est comme notre ma vie, non planifiée. Je dois avouer que je n’ai rien planifié dans ma vie. Je n’avais pas l’intention d’être un combattant de la liberté, et je n’avais pas l’intention d’être un membre d’une faction ou un parti, ou même d’être impliqué dans la politique. Non pas parce que ces choses ne sont pas permises, et non pas parce que la politique est interdite et immorale, comme certaines personnes le prétendent, mais parce que pour moi, ce sont des choses grandes et complexes. Je ne suis pas intentionnellement un combattant de la liberté ou un politicien.

J’aurais pu continuer ma vie comme un peintre ou travailler dans une station service, comme je le faisais avant mon arrestation. Je pourrais avoir épousé une cousine à un âge précoce, comme beaucoup le font, et nous aurions sept ou 10 enfants. J’aurais pu acheter un camion ou devenir un expert des taux de change. Tout cela était possible. Mais j’ai vu les horreurs de la guerre au Liban et le massacre de Sabra et Chatila, et ces événements m’ont choqués.

Maintenant, dans ma 20ème année en tant que détenu, je reconnais que je suis toujours heureux comme un enfant grâce à des choses très simples. Je suis rempli de joie à chaque mot d’encouragement ou de protestation ou de tout bon mot que j’entends. Je dois avouer que mon cœur s’emporte dans ma poitrine à la vue d’une fleur que je vois à la télévision, ou d’un paysage, ou de la mer. Je suis heureux, en dépit de tout, et je n’ai aucune nostalgie pour les plaisirs de la vie, à deux exceptions près – les enfants et les travailleurs. La vue des enfants, quand ils viennent de partout sur le chemin de l’école, et les travailleurs, qui viennent des ruelles et des quartiers dès les premières heures du matin, dans le brouillard et qui marchent vers le centre du village, vers leurs lieux de travail.

Je reconnais maintenant que toutes ces émotions, sont restées en moi grâce a l’amour de ma mère F, de mon épouse S, mon frère H, sans le soutien de ma famille, de mes amis, je serais maintenant un être sans aucune émotion ou sentiment.

Je suis une personne qui tient son amour, comme on tient des charbons ardents, mais je vais continuer à le tenir. Je vais continuer à vous aimer, parce que l’amour est ma seule et modeste victoire sur mes geôliers.

W.D.

CAPJPO-EuroPalestine

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